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Chez Francisque
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Je viens de lire, profitant d’un moment d’ennui dominical en mon manoir de Santa Monica où les salons regorgent de femelles pourtant lascives et de psychotropes exotiques, quelques critiques, bonnes et mauvaises, du troisième tome de « Chez Francisque », que m’a écrit Lindingre, le grand nom de la connerie et… Comment dire ? Je suis un peu gêné aux entournures.
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Il est vrai que je ne suis pas vraiment renommé dans « le métier » pour l’amour que je voue à ceux qui, en quatre lignes péremptoires, dissèquent le travail d’une vie, mais, il m’arrive cependant de m’interroger sur leur condition… la propension qu’on ces gens à s’exonérer de toute bassesse est révélatrice de l’époque.
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Le point commun de tous ces papiers, qu’ils soient dithyrambiques ou dégueulasses, est que leurs auteurs se posent systématiquement en observateurs des poivrots que nous représentons… Ce sont toujours « les autres », cette race différente que l’on ne rencontre qu’au bistrot, là où s’étale la pire crasse. Il n’est venu à l’idée d’aucun, que le zinc où nous plaçons nos personnages pouvait n’être qu’une métaphore.
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Les considérations de nos personnages sont très similaires, par exemple, aux commentaires qui fleurissent partout, sur tous les sites, les foras, les blogs, depuis qu’on fait croire au peuple que son avis compte et qu’il est nécessaire d’avoir une opinion sur des sujets qu’on ne connaît pas, faute de quoi l’on est un mauvais citoyen… La parole de ces internautes aurait donc plus de valeur que celle de nos nez de bœuf parce qu’on suppose qu’elle serait proférée à jeun ? Le cybercomptoir serait donc protégé des pires penchants sous le fallacieux prétexte qu’il se trouve au milieu de notre propre salon ?
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Je « discutais » encore récemment avec un de ces penseurs de forum qui se proclamait d’extrême gauche, bien pensant et aux certitudes inébranlables quand à la suprématie du rouge. Au gré de la conversation, mis devant les contradictions inhérentes au fait d’être « d’extrême quelque chose », il étala puis fit siens en un lent glissement sémantique, les thèmes et les arguments favoris d’une extrême droite qu’il prétendait haïr.
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J’ai beaucoup ri. . Puis j’ai réalisé que démontrer à un con qu’il est con est une attitude de con. . Là, j’ai moins rigolé.
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Et la télévision, tiens, puisqu’on en parle! En voilà, un beau comptoir où l’on peut à loisir s’abreuver du crachin des incompétents les plus mondains. Je vis récemment une jeune actrice dont je tairai le nom par pure compassion et parce qu’elle est tellement jolie qu’elle éveille en mon appareil uro-génital quadragénaire des pulsions que je réservais jusqu’ici exclusivement à ma femme et à la vache du voisin, dire sans se départir du sérieux qui convient lorsqu’on se doit d’édifier les masses, qu’on reconnaît infailliblement un artiste dans la rue au fait qu’il regarde en l’air, le nez et les cheveux au vent alors que le vulgaire, lui, marche le front bas en regardant ses pompes… Et le public d’applaudir comme si Nietzsche avait parlé et le présentateur de s’ébaubir d’une telle fulgurance … Je me souviens encore du jour sacré entre tous où j’entendis Mademoiselle Helena Noguerra dont je ne tairai pas le nom parce qu’il ne faut pas pousser, dire en écoutant « gare au gorille » de Brassens : « Trop facile ce qu’il fait à la guitare.»
Et elle était à jeun, la gourgandine !
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Alors, franchement, si l’on excepte les paillettes ou les smileys, nos poivrots sont-ils vraiment si incroyablement pires que ces gens ? Mis à part la couleur vermillon de leurs appendices nasaux, bien sûr.
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C’est un livre d’humour alors, de grâce, soyons sérieux !
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Je ne considère pas, pour ma part, nos personnages comme représentant forcément « l’autre ». Je ne les hais point, je n’ai envers eux, ni plus ni moins de mépris que pour moi même. Je suis volontiers capable, aux soirs de méforme ou sous le coup de la colère, de la fatigue, de la dépression, de la frustration, de la jalousie, de l’ennui, de divers stupéfiants ou plus simplement d’une bêtise atavique, savamment entretenue comme un trésor familial, de proférer en quelques occasions le même genre d’inepties alors que je n’ai même pas l’excuse de la boisson !
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Je ne les place pas sur une autre échelle de valeur, réservée aux races inférieures que seraient les alcooliques, les racistes, les homophobes, les misogynes, les chasseurs ou les adeptes du tuning. Le fait que je ne m’adonne pas aux mêmes activités manuelles ou que nous ne partagions pas les mêmes philosophies ne fait pas de moi un être supérieur ni eux la lie. On ne réduit pas la complexité d’une vie de quelqu’un à ce qu’il raconte. Bon gré mal gré, et même si ça fait mal au cul, je suis sur cette échelle, moi aussi, avec nombre de mes contemporains qui pensent cependant dur comme fer planer largement au dessus du lot.
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Alors quand je lis ces papiers où les auteurs expriment leur saint dégoût des beaufs, des fachos, des saoulards, de leur bêtise, de leurs bassesses, en finissant par dire que, heureusement, l’on n’est pas comme ces gens, l’on est l’élite, je dis méfiance : la frontière est floue, à supposer même qu’elle existe.
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