16
oct
09
Rebetiko
Je peux dire sans crainte d’être contredit que ce livre est magistral. Si si.
Beaucoup, sans doute , s’attacheront à son sujet musical exotique. C’est vrai que , pour ma part, c’est bien la première fois que j’entendais parler de ce style de musique grecque. Mais bon, je ne suis pas vraiment un exemple de culture musicale variée.
Et surtout, il y a bien plus, toujours à mon goût, bien sûr… La dérive nocturne de quelques voyous avides de haschisch et de musique. En lisant le « Rébétiko » de David Prudhomme, je me suis dit que, décidément, certaines choses ne changeaient pas, même à des dizaines d’années et des centaines de kilomètres d’écart.
La dérive est fascinante. En les suivant, les rébètes de Prudhomme, je pouvais m’empêcher de repenser à mes propres années d’errance nocturne, certes aujourd’hui lointaines, mais toujours bien présentes. On apprend plus vite la nuit, et encore plus quand on est défoncé. Cette virée nocturne là, elle est magistrale en ce sens que c’est encore un récit, un vrai, mais qui est posé comme le faisaient les impressionnistes pour les couleurs, par touches qui réagissent les unes aux autres, qui n’existent que par leur juxstaposition. Prudhomme m’a fait vivre sa nuit Grecque à fond, avec ses personnages, sans jamais me perdre en chemin, me lasser, ou essayer de m’impressionner. Le résultat est un voyage exaltant, flamboyant, plein de ce que les petites vies ont de plus beau.
L’ambiance méditéranéenne, ça, je ne peux pas en juger, je n’ai jamais mis les pieds en Grèce ni dans aucun pays approchant. Mais je veux croire qu’elle ressemble à celle que Prudhomme dessine, baignée d’une lumière étrange, ombragée de vigne sous lesquels les vieux s’asseoient pour fumer et boire. Des couleurs sables, ocres, jaunes pâles, rouges brique…Qui soulignent à peine un dessin qui , moi, me fascine.
J’ai déjà dit ici même à plusieurs reprises, toute l’admiration la plus sincère que je vouais à David Prudhomme. Pour « la Marie en plastique« , avec Rabaté, « la tour des miracles« , de Georges Brassens et Davodeau, « J’entr’oubliay » d’après Villon ou encore, plus vieux, « Port Nawak« . Son dessin est plus préoccupé de réel que d’élégance. Il ne se laisse pas distraire par les facilités, les tics, le « joli ». Direct. Et l’élégance arrive après, en bonus, pour parfaire le tout, récompenser l’effort constant. Prudomme n’est pas un dessinateur qui cherche à plaire. Il plait parce qu’il cherche à être exact. L’anti dessinateur à la mode.
Bref, si vous voulez lire un livre dessiné incomparable, poétique et puissant, farfouillez sur l’étale surpeuplée du libraire, balayez les trucs sur les blondes, les dragons, les flics ou les autobiographies hydrocéphales et exhumez fièrement Rébétiko de David Prudhomme.
( ces images viennent du blog Rébétiko)






