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mar
08
Ecouter Cali et mourir
Pourquoi le cacher? Cette semaine, j’étais en vacances aux émirats arabes unis, invité par un ami personnel, son excellence le Sheikh Ahmed Ben Oualalaradime Ier, en sa résidence secondaire de Château de Nahrdinoumouk sur Yvette.
A l’aller, j’avais pris un avion gentiment prêté par un autre ami fortuné, Vincent Bolloré. Oui, depuis les dernières élections qui ont vu l’extinction risible de la vermine socialo-communiste je me sens décomplexé et j’assume pleinement mes amitiés engourmettées.
Mais au bout de quelques jours passés dans le Harem de son excellence à caresser négligemment les femmes les plus désirables de l’orient, offertes comme coquelicots, ruisselantes sous la moiteur des hammams aoûtiens, l’ennui pointa le bout de son nez. Eh oui, que voulez-vous, quand on a tout, on s’en lasse. Forcémment.
Bref, je décidai de rentrer chez moi. Bolloré et son avion étant occupés avec je ne sais quel chef d’état clinquant, je décidai de faire le voyage en limousine, prêtée par Vladimir Putagnov, puissant patron d’une quelconque camorra caucasienne.
Je dois avouer que la perspective de retrouver mon manoir Beaujolais et les quelques uns de mes enfants qui s’y épanouissent sous la tendre surveillance de Madame Super Nanny, une femme certes d’un abord difficile, mais d’une efficacité redoutable en ce qui concerne la domestication de ma progéniture, me remplissait d’une joie simple, sans doute proche de celle que peut expérimenter l’exclu à la réception de son R.M.I.
Au bout de quelques kilomètres, je demandai au chauffeur de mettre la radio pour combler le silence respectueux que le transport des carcasses obèses de mon rang lui impose implicitement.
Une mélodie douceâtre et insipide s’échappa des 38 hauts parleurs son dolby surround boom bass en ivoire d’éléphant albinos qui ornaient délicatement l’habitacle de la limousine.
Comment vous dire? Comment décrire fidèlement l’ennui profond que ces quelques notes enfantines, prétentieusement lancées à la face du monde comme si elles avaient un quelconque intérêt, produisirent sur mon cerveau pourtant en alerte maximale grâce à la cocaïne généreusement fournie par un autre ami exotique, Don Pablo Escobar ? Comment ne serait-ce que vous faire entrevoir l’infini désespoir ressenti alors à l’encontre des chanteurs français contemporains en général (à part, bien sûr, Magyd Cherfi, qui, lui, est un poète et pas un chanteur. C’est une distinction importante) et de celui-ci en particulier. Rien ne pourra évoquer au commun des contribuables, l’abyssal mépris que me procura alors cette… (Je n’ose écrire le mot « chanson » par respect pour Georges Brassens)… Cette chose infecte. Un désespoir sans fond s’empara alors de moi. Le monde allait-il si mal qu’il eut besoin en ces moments incertains de se laver le cerveau avec ce genre de sirop? Sommes-nous humains si désespérés que nous exultons à l’écoute de cette chose molle et sans attrait ?
A propos, je parle ici de la chanson « résistance », de Monsieur Cali.
Outre le fait que le patronyme du cuistre radiophonique me fit bouillir l’esprit de centaines de jeux de mots hilarants, il faut que je vous narre ici les sommets insoupçonnés de haine viscérale où m’emmena sa production.
Je répugne en général à exprimer publiquement mon mépris vis-à-vis des artistes, même des pires, tant il est vrai que j’ai une tendresse irraisonnée pour ceux qui s’exposent et prennent des risques, préférant laisser le soin de les faire chier aux cyber-parasites improductifs. Et je ne ferai pas ici d’exception pour Monsieur Cali puisqu’on peut difficilement accoler l’adjectif « artistique » à sa discutable production.
Pour les besoins du présent texte, je cherchai les paroles de « résistance » dans le but de les disséquer pour les besoins de la science, pour que plus jamais ça, et fus abasourdi par l’étonnante clairvoyance dont fit preuve l’eunuque à la moue romantico-tête à claques lorsqu’il intitula un de ses précédant succès : « Qui se soucie de moi ?». Question légitime s’il en est mais qui appelle une réponse lapidaire et cinglante que je m’abstiendrai de donner ici, dans le souci évident de ne pas blesser inutilement ladite endive qui, si on en croit son dossier de presse, est un écorché vif.
Je ne résiste donc pas au plaisir de vous retranscrire ici même les paroles de la chanson « résistance » de Monsieur Cali, pour que vous puissiez juger sur pièce et ressentir toute la vanité du monde, pour peu que vous ayez un peu d’honnêteté intellectuelle.
( à réciter à haute voix et avec le ton, s’il vous plait)
Resistance
« 6 Mai 2007 on est montés à bord de ce grand bateau noir
On regardait hagards, ils sont fous, on pleurait de chagrin
Alors que des pétards explosaient dans les rues
Leur fête insupportable et puis leurs feux de joie
Nous partions têtes basses digérer notre nuit,
Vomir notre dégoût Et déja de partout bien rangés courraient les policiers
Leur petit chef debout au balcon de la honte
Et le peuple à sa botte
Lui remettait les clés, la mémoire est bien courte
Notre France est aux fers
Tous les Denis Robert n’ont qu’à bien se tenir,
N’ont qu’à bien se tenir
Il pouvait maintenant à sa guise égorger la liberté
La main-mise sur tout, le grand marionnettiste
Des journaux, des télés
En regardant le port s’éloigner dans le noir
J’ai serré fort mon fils, si triste de me voir si triste
Mais dans mes yeux je sais il a bien lu mon coeur
Résistance, résistance, résistance
Tout autour tout ces feux tous ces points de lumière
Ces milliers de bateaux
Je connais ce signal c’est celui de nos frères
Hissons haut le drapeau
Main dans la main nous allons revenir
L’heure n’est plus aux pleurs il faut organiser le venir
Et dans ces heures sombres repense à Charletty,
Repense à la lumière
A tous ces coeurs lancés ce murmure qui gronde,
Ne s’arrêtera plus
Dans ce nouveau maquis ne pas suivre à genoux
Ne jamais se soumettre et toujours résister droit debout,
Droit debout
Résistance, résistance, résistance
Résistance, résistance, résistance
Tu peux pleurer mon fils, oui mais pleurer pleurer de fierté
Nous allons revenir bien plus forts,
Bien plus forts que jamais «
Ah ah ! Qu’est ce qu’on se marre, quand même. Je le dis bien haut, je suis heureux de vivre dans notre beau pays où on autorise contre toute décence n’importe qui à étaler sa pauvreté d’esprit au plus grand nombre.
Je pensais avoir tout entendu, après l’intégrale de Michel Sardou, eh bien non !
La relève est là.
Alors on m’objectera que toute critique de notre Clinquant Timonier est bonne à prendre… Je répondrai : « quelle drôle idée ! ». A quoi sert une attaque si elle ne fait mouche? Pour être efficace, une critique doit s’appuyer sur des arguments, poétiques, philosophiques, sociaux, littéraires, politiques, enfin des éléments pertinents de réflexion ou de contradiction ! Nulle trace de telles exigences ici. Un déballage de niaiseries sous le triste vernis de l’engagement feint. J’ai connu des bistrots de fachos où ça volait plus haut !
Mais manifestement, Monsieur Cali s’en fout, que sa critique soit efficace… Il préfère se donner bonne conscience à peu de frais. Quand il dira à ses enfants, le front serein et la bedaine proéminente, qu’il a lutté, lui, seul contre tous. Qu’il ne s’est pas laissé faire, qu’il a continué à tout risquer pour exprimer ses divergences philosophiques sous la sombre chape d’oppression d’un état totalitaire inique.
Ca me fait penser à ces mouvements étudiants où je draguais jadis et tour à tour, la jeune socialiste aux seins arrogants sous le pullover mauve, l’altermondialiste au bonnet péruvien et à la cuisse équitable ou l’anarchiste à la peau douce et tendre sous le cuir brutal de la rangers, en redoutant cependant qu’elles ne partagent avec moi les postillons de leurs considérations politiques, aussi captivantes qu’un dimanche après midi en compagnie de David Douillet à Massy Palaiseau. Dois-je avouer que je préférais alors leurs prohéminents appâts à leur vision marxiste d’un monde moderne collectiviste cependant respectueux de la dignité de tout individu, à partir du moment où il n’est pas de droite, bien entendu. Sinon, c’est le goulag. Du plus loin qu’il me souvienne, je n’ai jamais rien tant haï que le discours affecté de ces petits soldats de la gauche estudientine prêts à prendre la maquis dès que les instances du Parti auront donné leur accord. A part peut-être celui des droitiers décomplexés. Quoique… Eux, au moins, ne cachent pas leur mépris des humbles…
Et puis, pour qu’elle fasse mouche sa critique acerbe, il faudrait encore qu’il ait un semblant de légitimité, mon gars Cali ! Or, corrigez-moi si je ne me trompe, mais sa prise de position publique la plus fameuse consistait à se demander avec une acuité philosophique forçant le respect: « c’est quand le bonheur ? ». A ce propos, je dois avouer que la dernière fois que je me suis moi-même posé cette question cruciale, c’était un dimanche midi, je devais être en fin de CM2 et je me souviens parfaitement en avoir trouvé la réponse le lundi matin, en trainant mon sac à dos de quinze kilos sur le morne chemin glacé de l’école primaire Ferdinand Buisson, à Vélizy, terre de contraste.
Monsieur Cali est ce que l’idéologie de la gauche dégoulinante de bons sentiments a produit de plus poussé. Ah, les rebelles rosés et sirupeux qui bombent le torse glabre persuadés d’intimider le vil oppresseur ! Ah les cuistres! Les donneurs de leçons! Les misérables moralisateurs! Pierre Desproges, mon Maître les appelait « les eunuque à la rose ». C’est joli, non ?
Comment dire ? Le mépris que je voue à ces « héros » socialistes n’a pas d’égal. A mes rares moments de lucidité, entre deux cailloux de crack, je me dis que le jour où ces tartuffes accèderont aux limbes de la pensée humaine complexe et à une certaine forme d’honnêteté intellectuelle, on pourra alors raisonnablement nourrir l’espoir orgasmique que devant un tel abysse, ils choisiront de mettre fin à leurs jours dans un ultime accès d’humilité.
Certes, il m’est aisé de moquer la qualité littéraire du texte ci-dessus alors que, moi-même, je n’ai jamais su faire la différence entre un Robbe-Grillet et une jupette calcinée, mais tout de même ! Que de clichés et de lieux communs bien pensants ! Même moi j’aurais honte! C’est tellement attendu que c’en est suspect… Un type qui écrit de telles platitudes avec l’aplomb du menhir doit certainement avoir des comptes à régler avec lui-même. Mais de grâce, qu’il le fasse en privé et m’épargne ainsi les turpitudes juvéniles et niaises de ses considérations socio-politiques!
Enfin, on n’écrit pas « Ne jamais se soumettre et toujours résister droit debout » sans s’exposer à une légitime vindicte ! C’est qu’il faut du talent pour entrer en résistance ! Oh, je vois bien à l’évolution de la pensée libre dans le milieu télévisuel ce que cette notion de « talent » peut avoir d’incongru. Je sais bien que c’est pas à la mode, le talent. On lui préfère nettement le consensus mou et la sécurité de la chose déjà pensée par d’autres. Oui, les temps sont à « la meute des honnêtes gens » comme disaient « les Rats », groupe de rock français toxicomane, lui aussi. Ces bien-pensants qui, ont le courage d’unir leur voix adolescentes au courant des plus nombreux et, donc, des moins dérangeants et qui prétendent s’en sortir grandis méritent à n’en pas douter la mort par décapitation au couteau à beurre ou, tout au moins des années de prison ferme!
« Ecouter Cali et mourir » sifflais-je entre mes dents lorsque la lumousine s’arrêta dans la cour de mon manoir où quelques paons se pourchassaient entre les fontaines de champagne. Je donnai congé au chauffeur en lui conseillant de changer de station de radio en son propre intérêt et au nom de l’humanité.
Je me précipitai dans ma suite sans même prendre le temps de déposer un rapide baiser au front de ma descendance, me ruai sur la chaine ifi et lui fis jouer « Poor Edward», de Tom Waits, pour ne pas oublier que c’est encore possible, même si « Notre France est aux fers », musicalement, je veux dire...


