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Yes you can.

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Alors je découvre aujourd’hui que je suis pré-pré-pré sélectionné pour devenir Grand maître de l’année au festival International de la bande dessinée d’Angoulême!

Eeeeeeh ouais, ça, c’est la classe! C’est pas à Bouzard que ça arriverait, ça, tiens!

Cette année, si j’ai bien capté le truc, ce sont les auteurs présents qui vont voter pour un trio qui sera départagé par les Grands Maîtres eux-même! Rappelons à toutes fins utiles que, par le passé, quand les auteurs ont voté, ce furent Goossens et Crumb qui furent sacrés! Comme quoi, on est peut être que de capricieux enfants un peu cons sur les bords, mais, en revanche nous avons du goût!

Alors, bien sûr, comme je suis très sensible aux honneurs, que je leur cours après comme Emile Louis  les adolescentes, je ne peux que me réjouir qu’on ait pensé à moi

Cependant, il me faut lancer ici un vibrant appel aux auteurs votants.

Si, d’aventure, certains d’entre vous aviez derrière la tête  l’idée de mettre mon nom dans l’urne, ne le faites pas! STOP! Reprenons nos esprits et réfléchissons.

Dieu lui-même m’est apparu, hier soir, en mon manoir beaujolois, alors que  j’écoutais Zaz et Cali en sirotant de l’alcool à brûler. Nimbé d’une lumière divine, il m’a demandé de m’incliner. J’eus à peine  le temps de préciser que je refusais de prendre dans les fesses, qu’il me délivrait son message:

« Demi-Lune, il est de ton devoir de ramener tes condisciples  égarés vers la lumière. Pour cette histoire de Grand Maître d’Angoulême, là, dis-leur de voter Cosey. Je sais que tu trouveras les mots. Et, sinon, t’as qu’à prendre un dictionnaire, Ducon. »

Puis il disparu aussi brusquement qu’il était apparu. Comme Bouzard quand il voit de loin, dans une brocante, une série de vinyles de hard hongrois.

Il me faut donc sortir de ma légendaire misanthropie pour vous parler, amis, collègues, coreligionnaires, frères d’armes pour certains, détestables abrutis pour d’autres, et accomplir ma mission divine.

Pourquoi voter Cosey, me direz-vous? « Ah ah », ricanerai-je en retour.

Eh bien parce qu’il serait obscène que l’on envisagea même de m’accorder un tel honneur avant mon mentor! Enfant, j’ai appris en le lisant, qu’on n’était pas obligé de mettre des poursuite en voiture, des flingues, des vaisseaux spatiaux, des dragons ou des femmes à poil pour faire des livres passionnants. Qu’on pouvait tenter de parler de la nature, des gens, des émotions ténues… de choses très rares en bande dessinée, et qui correspondaient parfaitement aux goûts qui étaient miens.

Aujourd’hui encore, son influence, en tout cas sur moi, est éclatante. Dans BLAST, par exemple. Cosey y est presque à chaque case.

Dieu et moi-même pensons qu’il faut savoir récompenser l’exigence graphique et poétique de l’oeuvre ainsi que la régularité du parcours. Pas une seule merde, le gars! Pas un seul livre pourri. Je le sais, je les ai tous.  C’est ce genre d’artiste qui fait évoluer notre médium, sur le temps, discrètement, modestement, qui participe à lui donner une noblesse certaine. Cette manière de parler de soi à travers les autres n’est-elle pas l’apanage des plus grands? Tiens, encore un truc qui plaide en sa faveur: du peu que j’ai pu en juger, le type lui-même est un monument d’humilité et de gentillesse, ce qui est super rare dans ce métier. Si, si. Je sais de quoi je parle, je suis moi-même un connard prétentieux de première!

Chers auteurs votants, ne vous trompez donc pas de bulletin au moment décisif. Dieu lui-même me l’a dit: « Votez Cosey. Ou aussi Christin et Chris Ware, mais, non, tiens, votez Cosey. Et pas Larcenet, surtout. »

Et ne me faites pas de coup en douce, hein, je vérifierai chaque bulletin avec Dieu.