8
oct
08
Be Kind Rewind
« Be Kind Rewind » de Michel Gondry.
J’ai rencontré Michel Gondry.
Si si. La classe, hein?
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Bon, j’avais moins de 20 ans et c’était lors d’un concert de « Oui Oui« , le groupe dont il était batteur, dans une quelconque MJC de la banlieue sud, plus habituée au rap hardcore ou au punk qu’à la pop enfantine qui constituait pourtant l’intégralité de leur répertoire.
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Je me souviens bien de la sensation étrange que nous avions ressenti au début de leur set… Ne connaissant pas du tout le groupe et étant passé par désoeuvrement, je ne m’attendais forcement pas à tomber en exstase, mais au moins, à entendre du rock. Mais non. Assez vite, il m’a fallu me rendre à la triste évidence: je n’achèterai jamais le disque. Nous étions visiblement plusieurs à nous demander ce que nous foutions là. Je me souviens parfaitement du regard désorienté que m’avais lancé un malheureux skinhead, perdu dans les mélodies juvéniles, et qui tentait lamentablement de lancer un pogo au début de chaque morceau. En vain, bien sûr.
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Mais on ne quitte pas un concert au bout de 10 minutes, ça ne se fait pas. Alors je suis resté. Et ce fut une très longue heure et demi, je dois l’avouer en regardant mes pompes. Je me souviens bien de Gondry, grand batteur tout maigre qui jouait sur une batterie-jouet, un truc pour les enfants, agrémenté de tout un tas de bazards bruyants allant du couvercle de casserolle au bidon de lessive vide en passant par toute une gamme de jouets bizaroïdes. J’avais trouvé ça ridicule, con que j’étais, à vouloir passer pour plus punk que mon voisin. D’ailleurs, avec mes stupides amis de l’époque, en fin de soirée, lorsque nous voulions moquer une musique qui nous paraissait manquer cruellement de testostérone, nous la comparions immanquablement à celle de Oui Oui, devenue maître étalon de ce qui pouvait se faire de plus chatré. Abrutis que nous étions.
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Hier soir, j’ai regardé « Be Kind Rewind » de Gondry, traduit en france par la détestable phrase: « soyez sympa, rembobinez »(ah ah ah!). Pour moi, ses deux films précédents (« eternal sunshine of the spotless mind » et « la science des rêves« ) avaient été une épreuve en ce sens qu’au premier abord, je n’y avais strictement rien compris, tout en me laissant cependant porter avec délice par la magie visuelle et la poésie authentique et moderne de son univers. Il m’a fallu les revoir et les revoir encore pour mieux comprendre comment il s’y prenait pour être, au final, si libre et en même temps si précis sur des sujets aussi complexes que la mémoire ou la réalité. Et là, je fus bien obligé de m’incliner: ces deux films avaient largement leur place dans mon panthéon personnel, aux côté de Terry Gilliam, Daniel Goossens, Tom waits, Desproges, Jim Jarmush, Sempé, les Red Hot Chili Peppers, les frères Cohen ou encore la fille qui présenta furtivement « fiches cuisines », sur Cuisine TV et chez qui je crus déceler à plusieurs reprises dans des regards qui n’étaient manifestement destinés qu’à moi, un indéniable appel à la gaudriole le plus débridée. Oui, je le dis sans rougir, avec détermination et un rien de lyrisme, faisant miens les mots d’André Malraux destinés à la carcasse de Jean Moulin: « Entre ici, Michel Gondry, avec ton cortège de bons films! Et ferme bien la porte derrière toi, car le chanteur Cali est en embuscade! »
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Car, dans mon panthéon personnel, je mets qui je veux. C’est d’ailleurs à peu de chose près son seul intérêt. Par exemple, je n’ai pas mis ce sale rouge de Jean Jaurès ou cette conne de Marie Curie… Eh, franchement, s’irradier au radium est à la portée de n’importe quel Tchernobylien venu, je ne vois vraiment pas en quoi ça mériterait récompense. Et je ne parle même pas de Zola et d’Hugo qui cohabitent avec Louis Braille qui passa sa vie à faire des trous dans des livres.
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Et donc, j’ai regardé « Be kind rewind » avec une légère appréhension, doutant de mes capacités à apréhender l’oeuvre du premier coup et redoutant ainsi de passer pour un con devant ma femme qui, elle, avait tout compris de « Eternal Sunshine » après la onzième minute, ce qui m’avait, je m’en souviens encore, fortement contrarié à l’époque, au point d’envisager une carrière de tueur en série à laquelle j’ai malheureusement renoncé par la suite, ayant compris que je ne serai jamais Francis Heaulme de la même manière que je ne serai jamais Goossens.
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J’ai été scotché. Littéralement. C’est simple en apparence, drôle, intelligent dans le propos et la mise en forme, poétique, pourri de trouvailles visuelles que c’en est… magique! Le tout est équilibré à la perfection, c’est farfelu et pourtant, on y croit, c’est pas réaliste mais on s’en fout et, surtout, au moment où ça aurait pu tomber dans le sentimentalisme neuneu, paf! ça devient encore plus beau, plus intelligent et le tout passe comme papa dans maman ou tata Solange.
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J’ai maté les bonus et c’est bien ce que je craignais: tout ça n’est pas le fruit du hasard… Gondry bricole ses films avec une exigence rare et une obstination qui force le respect. Le mien, du moins. Et puis, bon, la »comédie », comme genre, ça s’est un peu cassé la gueule depuis la grande vadrouille, non? Eh bin là, c’est de la comédie haut de gamme, ma brave dame, du comique exigeant, qui dérive petit à petit vers quelque chose de plus profond, plus intime.C’est extrèmement bien vu, mais je ne peux pas vous en parler là parce que sinon, je ruine tout pour ceux qui ne l’ont pas vu. Mais bon, c’est quand même une des plus belle mise en abyme du monde.
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Rha putain, ça m’énerve, les gens aussi forts…
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Ah oui, tiens, puisqu’on en parle, l’on peut aller jeter un oeil sur le site du film qui vaut le détour.


